Île d’Aix : du Consulat à la chute de l’Aigle

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Début 1800, peu après l’installation du Consulat, Bonaparte s’intéresse à l’Ile d’Aix dont il a vite compris l’intérêt stratégique. Sachant l’escadre de Rochefort surveillée et menacée par les Anglais, il demande la mise en chantier des travaux en souffrance depuis plus de vingt ans, notamment au fort Montalembert (actuel fort de la Rade). La flotte de l’Ile d’Aix est réorganisée, de premiers plans sont dressés pour des ouvrages sur le rocher d’Enet et la longe de Boyard, un millier d’hommes et un corps d’artilleurs sont placés sous l’’autorité d’un général de brigade en résidence à Aix. Mais l’application de ces directives prend plus de temps que prévu…

Sacré Empereur en décembre 1802, Napoléon se montre contrarié par les retards successifs à Aix alors que les Anglais se manifestent régulièrement près des côtes (combat naval de 1806 en Rade des Basques). Un décret impérial d’août 1807 demande que « 500 hommes de troupes de la marine stationnés à Rochefort et 2 000 hommes de la garde nationale se rendent à l’île d’Aix, où continuera à commander le général Dufresse ».

Un an plus tard, le 5 août 1808, après avoir inspecté les défenses de Rochefort, l’Empereur se rend sur l’ile, accompagné notamment par Samuel de Marescot, inspecteur général du Génie. Il visite le quartier d’Arcole, ses casernes et l’hôpital, les batteries côtières, et fait accélérer les réparations du fort Montalembert. Il ordonne la construction d’une nouvelle résidence pour le commandant de la place, d’une poudrière sur le Quai aux Vivres et valide les plans d’un nouveau fort à vocation défensive sur la partie la plus élevée de l’Ile. L’Empereur exige que l’effectif militaire soit porté à « 4 000 hommes qui devront pouvoir repousser 12 000 Anglais ». lI visite enfin le chantier du fort Boyard, très endommagé par les courants et les tempêtes hivernales.

Ces grands chantiers et ces ambitieux projets sont évidemment suivis de près à Londres où l’on s’en inquiète. Quelques mois plus tard, en avril 1809, une flotte commandée par l’amiral John Gambier va s’en prendre à l’escadre de Rochefort, au mouillage à l’embouchure de la Charente, avant son départ pour nos colonies. C’est la funeste « Nuit des Brûlots », une défaite lourde de conséquences pour notre marine qui laisse les Anglais s’imposer définitivement sur les mers.

Sur l’Ile, les années 1810-1813 marquent la fin des grands travaux demandés par l’Empereur lors de sa visite d’inspection. La position stratégique de l’Ile est clairement confirmée, Aix devenant la pièce maîtresse de la « ceinture de feu » que voulait déjà Colbert pour assurer 3 la défense de l’Arsenal et du port de Rochefort. Selon certaines instructions, l’effectif en poste sur l’Ile aurait pu atteindre 10 000 hommes …

En 1812, la guerre continentale reprend avec ses enchainements et ses conséquences inéluctables : campagne de Russie, défaite de Leipzig, première abdication (6 avril 1814) et départ pour l’Ile d’Elbe. Après les Cent jours, c’est Waterloo (19 juin) et la seconde abdication (22 juin). Napoléon se résigne alors à quitter Paris. De Malmaison, il part discrètement avec ses proches pour gagner Rochefort et y attendre à la Préfecture Maritime les sauf conduits promis pour gagner l’Amérique où il souhaite s’installer et envisager une toute autre carrière, dans les sciences ou la littérature. Mais Fouché a prévenu les Anglais et le pertuis est bloqué. S’en suivent beaucoup d’hésitations et de tergiversations qui le conduisent, via Fouras, à l’Ile d’Aix où il débarque de la frégate La Saale le 12 juillet au matin.

Il est accueilli avec enthousiasme par la population et la garnison du 14ème régiment de Marine, forte de 1500 hommes et commandée par le capitaine de vaisseau Coudein. Entouré d’une vingtaine de ses fidèles compagnons, il s’installe dans la résidence du commandant de la place dont il a demandé la construction lors de son inspection de l’Ile en 1808. C’est – ironie du sort ! – dans cette maison qu’il va passer ses derniers jours sur le sol français. 4 Il occupe une chambre au premier étage d’où il peut scruter la Rade des Basques et les mouvements de la croisière britannique.

Les négociations avec les Anglais se poursuivent mais il devient clair que le scénario d’un départ se complique de jour en jour, voire d’heure en heure. Plusieurs projets, certains très audacieux, lui sont présentés pour quitter l’Ile à l’insu des Anglais. Son frère Joseph vient même le voir le 13 juillet et lui propose de prendre sa place à bord du brick américain qui l’attend à Royan pour l’emmener aux États Unis. Mais, amoindri et déjà malade, Napoléon est hésitant, très indécis et refuse toutes les propositions qui pourraient faire croire à une fuite.

L’Histoire imposera alors la suite : après sa fameuse lettre de reddition adressée au Prince Régent et l’absence de réponse à sa demande de résider « incognito » dans une maison à l’écart de Londres, Napoléon devra quitter définitivement le sol de France pour embarquer sur le Bellerophon.

Pierre Chanlaine, premier secrétaire général de la Société des Amis de l’Ile d’Aix (SAIA) décrit la scène du départ le 15 juillet dans son ouvrage publié en 1927 :

« A 3h15 du matin, il quittait sa chambre, l’escalier de bois gémit sous le choc de ses pas à qui l’éperon donnait un son de cristal. Puis, emmitouflé de nuit et de silence, il gagna l’embarcadère. A 3h30, il montait dans le canot de l’Épervier qui était venu le prendre et se dirigeait vers le large. Au lever du soleil, il montait à bord du brick commandé par le lieutenant de vaisseau Jourdan de la Passardière (…) où il passa sa dernière revue de troupes françaises (…). Enfin le brick mis à la voile en direction du Lettre confiée à Gourgaud pour Maitland, Commandant le « Bellerophon » Ile d’Aix, 14 juillet 1815 Général Gourgaud 6 Bellerophon mais avait à vaincre des vents contraires et avançait lentement. Maitland observait sa marche (…) Il envoya à la rencontre du brick une embarcation commandée par un second pour que l’Empereur y prît place. L’équipage de l’Épervier présenta les armes et tous les regards se tendirent vers l’Empereur dans un suprême adieu (…). Le maréchal Bertrand monta le premier à bord du Bellerophon pour annoncer l’Empereur qui se présenta devant Maitland, ôta son chapeau et dit d’une voix forte : « Capitaine, je viens à votre bord me mettre sous la protection de votre Prince et de ses lois ».

* * * L’épopée était finie, mais la légende prenait son vol … Arrivé à Plymouth, le « général Bonaparte » – comme l’appellent désormais les Anglais – est transféré à bord du Nortumberland pour faire route sur Sainte-Hélène où il arrive le 16 octobre. Napoléon décèdera sur cette Ile le 5 mai 1821 à l’âge de 51 ans.

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